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dimanche 13 janvier 2008

Article du SNESUP sur le plan réussite en licence

La Ministre V. Pécresse vient d’annoncer les mesures du "Plan licence", sans réelle concertation avec l’ensemble de la communauté universitaire, ni avec les organisations syndicales des personnels enseignants, en ignorant le CNESER. Elle réagit à contretemps à l’exigence d’un collectif budgétaire pour la réussite en licence portée par le SNESUP à la rentrée 2007. Ce refus de nous entendre en juillet sur cette question porte déjà un lourd préjudice aux nouveaux bacheliers.
La Ministre essaie de présenter son objectif comme très ambitieux : "diviser par deux et en cinq ans le taux d’échec à l’université", en utilisant pour sa démonstration des chiffres fallacieux qui dévalorisent le travail actuel des universitaires. Depuis de nombreuses années, le SNESUP exige cette véritable priorité. Il formule des propositions à ce sujet, en cohérence avec l’objectif d’élévation générale des qualifications et de 50 % d’une classe d’âge titulaire d’un diplôme de niveau licence. Si la ministre annonce une augmentation sur cinq ans du budget de 500 M€ à 714 M€, elle n’annonce aujourd’hui aucune création d’emploi statutaire.

Parmi les mesures annoncées, la transformation de la licence. Si la conception de la première année développée par la ministre reste floue, on peut craindre le développement de première année de propédeutique. Or, nombre d’étudiants qui viennent à l’Université cherchent autre chose qu’une super-terminale. De plus, une telle année pourrait être utilisée pour mettre en place un processus de sélection. L’entrée dans les études universitaires suppose une rupture scientifiquement et pédagogiquement progressive avec les contenus et les méthodes du lycée. Un modèle unique de première année universitaire n’est pas le moyen de faire réussir plus d’étudiants. Le SNESUP a défendu des projets bi-disciplinaires et pluridisciplinaires. Quant aux seconde et troisième années, au cours desquelles la spécialisation disciplinaire se ferait, elles seraient aussi l’occasion d’une découverte du monde professionnel et d’un stage validé dans le cursus pour tous les étudiants. Mais la question des lieux, du contenu des stages et de leur encadrement est entière. L’introduction de ces nouveaux enseignements permettant à l’étudiant de préciser son projet professionnel ne doit pas se faire en appauvrissant des contenus (disciplinaires ou pluri-disciplinaires) des formations. Pour la mise en œuvre de cette nouvelle licence, est proposé un Cahier des Charges National, qui a déjà été anticipé par une circulaire de la DGES dans le cadre de la contractualisation de la vague B et qui permettra le pilotage par le Ministère.

Certaines des mesures pédagogiques présentées étaient proposées depuis plusieurs années par le Comité de suivi Licence (enseignant référent, travail en petits groupes, tutorat), et nous y avions contribué. La Ministre annonce 5 heures hebdomadaires supplémentaires en moyenne par étudiant. C’est reconnaître que la mise en place du LMD, avec une volonté de baisse des dépenses, avait considérablement diminué les horaires de formation en licence. Mais les moyens supplémentaires du budget 2008 (27,4 M€) représentent moins de 30 € par étudiant, c’est-à-dire à peine une heure de TD ! Et les tuteurs ou les moniteurs ne peuvent faire un travail réellement utile que s’ils sont encadrés par des personnels titulaires. Nous ne pouvons accepter que soit appliqué aux universitaires le « travailler plus pour gagner plus » sous forme d’« heures complémentaires d’enseignement ». C’est contradictoire avec l’exigence d’une activité de recherche soutenue ! Et cette proposition ignore la surcharge de travail actuelle des personnels. Par ailleurs, l’on reviendrait à des « primes pédagogiques » pour les enseignants coordonnateurs (3 M€, soit un montant de 2000 € pour les personnels concernés). Cela n’est pas non plus la revalorisation des carrières et des salaires nécessaire pour tous.

D’autres mesures concernent l’orientation. Mais, la ministre n’invente rien en proposant que l’université aille davantage à la rencontre des bacheliers. C’est une pratique existant depuis de nombreuses années, mais qui se heurte encore à l’absence de moyens en personnels qualifiés (co-psy par exemple) et à l’absence de prise en compte de ces activités dans le service des enseignants. Quant à la ré-orientation au cours de la première année, elle a jusqu’ici fait preuve de son inefficacité, les étudiants ne souhaitant pas changer si rapidement d’orientation et l’organisation de l’année universitaire étant différente d’une université à l’autre, d’un domaine à l’autre.

Enfin, la Ministre propose d’accorder la priorité aux bacheliers technologiques en IUT et professionnels en BTS, ce qui passerait pour les IUT par une incitation financière. Pour le SNESUP, cela ne saurait se traduire pour les étudiants de baccalauréats technologiques par une orientation obligatoire vers des filières courtes et le refus de construire dès la licence des parcours de la réussite pour ces étudiants leur permettant la poursuite en Master. Cela ne saurait se traduire par une limitation de l’accueil des bacheliers généraux en IUT, sauf à augmenter la part d’orientation par défaut en licence.

Ce dont les étudiants ont besoin pour réussir dès la première année de Licence, c’est d’un enseignement en plus petits groupes, avec des enseignants qualifiés pouvant mettre en place de nouvelles méthodes pédagogiques. Cela nécessite donc des recrutements et une augmentation du budget consacré aux activités pédagogiques. Cela nécessite donc des actions de formation initiale et continue des personnels, et notamment de formation pédagogique des enseignants.

La bataille du SNESUP pour la réussite des étudiants s’inscrit totalement dans le mouvement amorcé contre une conception technocratique, autocratique et concurrentielle des établissements d’enseignement supérieur. Modifier et réorienter le budget, abroger et, dans un premier temps, suspendre la loi LRU, c’est indispensable pour les missions de recherche et de formation.

Source : Université Démocratique

Voir aussi le Communiqué du collectif Sauvons l'Université

8 commentaires:

flipper a dit…

dommage que le snesup soit pas plus actif sur la fac, il faudrait une vrai présence des profs, quitte à qu'ils tiennent eux-même un point info

Mtp3 a dit…

Petit rappel : Le plan réussite en licence en 10 points clés

L'Echec devient inacceptable :

La première année est marquée par un fort taux d'échec. L'échec devient inacceptable et tout est fait pour que l'échec ne
soit plus accepté. Hors 72 % des étudiants qui ont échoués lors de leurs premières années à l'Université poursuivent leurs études et
obtiennent leurs licences. La première année est une année charnière où la construction intellectuelle et morale de l'étudiant prend
tout son sens. C'est là qu'il se responsabilise, qu'il apprend à gérer lui même son travail, ses études, sa vie. Pour un grand nombre
d'étudiants c'est aussi l'entrée dans la vie active puisque près de la moitié des jeunes de 18 à 25 travaillent à côté de leurs études.

• La nouvelle mission de l'Université, l'insertion professionnelle :

Les universités ont comme consigne de faire valoir une orientation active en lien rapproché avec le monde de l'entreprise.
Cette nouvelle mission favorise les cursus professionnels au détriment de la recherche. Les études sont désormais liés directement
à un métier, l'Université n'est plus un lieu de formation intellectuelle mais de formation professionnelle. La culture théorique est
directement visée, la réduction des cours magistraux et leurs remplacement par des travaux dirigés est l'une des mesures incluses
dans ce plan « Réussite en Licence ».

• Première année fondamentale :

La première année de licence devient un tronc commun unique pour l'ensemble des licences. Les contenus des premières
années de licences sont pour la plupart remplacés par des cours tels qu'Informatique, Méthodologie, Langues Vivantes, Expression
écrite et orale qui sont obligatoires. Les cours en amphithéâtre seront supprimés.

• Seconde année de consolidation :

La seconde année doit, comme son nom l'indique, consolider les acquis de la première année. L'étudiant devra maîtriser
au moins une langue étrangère, mettre en place un projet professionnel déjà débuté en première année et assister à divers
séminaires, forums et tutorats d'entreprises.

• Troisième année de spécialisation :

Début de la réelle spécialisation. Le contact avec le monde socio-économique est mis en avant avec un stage obligatoire
non-rémunéré de trois semaines. La licence compte désormais seulement 23 semaines de spécialisation contrairement à l'ancienne
licence qui en dénombrait 78.

• Contrat de réussite :

Lors de l'entrée à l'Université un contrat de réussite doit être signé par l'étudiant. Ce contrat oblige l'étudiant à réussir sous
peine d'être réorienté vers d'autres filières plus courtes et ce dès la fin du premier semestre.

• Le tutorat d'accompagnement ou d'enseignement supplémentaire :

Les étudiants ont désormais 5 heures supplémentaires assurés éventuellement par des étudiants de Master. Ces étudiants
non-expérimentés ne seront pas nécessairement rémunérés, ces heures de tutorat pouvant faire partie de leurs cursus et donc
soumis à notation.

• Orientation active :

Dès la terminale une orientation active est mise en place. Les bacheliers issus de cursus scientifiques ou économiques ne
pourront plus forcément faire d'études dans une université de Lettres et Sciences Humaines. Le contrat de réussite permet une
réorientation active et ce à chaque semestre.

• Mise en concurrence des universités :

Les universités ont désormais l'obligation de publier leurs taux de réussite ce qui les met en concurrence. De ce fait les
établissements universitaires ont tout intêret à trier leurs candidats afin de n'accepter que ceux ayant un fort potentiel de réussite.
L'orientation active cache en fait une sélection active et une concurrence accrue.

• Une application directe :

2008 : Le plan « Réussite en Licence » s'applique dès septembre pour la première année.
2009 : Le plan « Réussite en Licence » s'applique dès la rentrée pour les secondes années.
2010 : Le plan « Réussite en Licence » s'applique dès la rentrée pour les troisièmes années.
Dès février 2008 l'orientation active est mise en place pour les terminales. La favorisation du passage des licences vers des
cursus professionnels courts est mis en place dès septembre.

Mtp3 a dit…

Pour ce qui est des profs je suis d'accord qu'il faudrait une réelle présence mais avec la mort d'Alain Marchand la mobilisation des profs me semble en avoir pris un coup, et c'est compréhensible.

loubnax a dit…

Le plan réussite en Licence, plus la suppression des capes/agreg pour un Master Pro, le contrat unique... C'est accablant!!

Anonyme a dit…

cest claire, il faut arreter ca, cest, on peut pas tolerer ca quand meme!

Anonyme a dit…

il faudrait que les profs et les étudiants se mobilisent ensemble.

yohann a dit…

Et bien, on ne nous laisse aucun répit... On est littéralement submergé par des propositions toutes plus mauvaises les unes que les autres... Ils n'ont donc aucune valeur sinon celle de la valeur marchande ? =/

C'est décourageant... l'orientation que prend l'éducation (et à plus grande échelle, la société) perd tellement de son humanité et de sa culture que je commence à perdre espoir.

Anonyme a dit…

Ce cher sarko et ses petits copains américains ont reussi à evaluer la valeur de chaque vie humaine suffit de poser la question: tu rapportes combien de gros sous par jours toi?
Et à ce petit jeu-là Sarko vaut absolument rien.